Salon

Point sur les dernières actualités littéraires : l’après Rapport Racine, Hackaton, et crise sanitaire

Il s’est passé nombre de choses depuis que je vous ai parlé du rapport Bruno Racine, aussi bien dans le monde littéraire que dans le monde à échelle planétaire. Je vous propose donc de faire un point, et de balayer ensemble les dernières actualités du monde littéraire : le désenchantement des artistes-auteurs après les annonces de Franck Riester, le hackaton du 13/14 mars, et enfin, vous l’aurez deviné, l’impact du coronavirus.

Pin : "Point sur les dernières actualités littéraire"

Après le Rapport Racine

Le désenchantement

Le mardi 18 février 2020, Franck Riester a exposé son plan d’action pour venir en aide aux artistes-auteurs.

Le rapport Bruno Racine représentait pour beaucoup l’espoir de voir une amélioration du statut des artistes-auteurs. Malheureusement, les déclarations du Ministre de la Culture n’ont pas été à la hauteur des attentes.

J’ai écouté le discours via la story Instagram de la Ligue des auteurs pro pendant que je vidais le lave-vaisselle. Je me souviens avoir été contente : le ton, les affirmations, la détermination – tout cela promettait !

« L’avenir s’éclaire pour les artistes-auteurs ! », ai-je pensé en empilant des assiettes.

WellNo. Not really.

J’ai été surprise au début par les retours négatifs et la déception des artistes-auteurs. Bien évidemment, comme ils sont dans le métier et pas moi (pas encore) c’est eux que j’ai écouté en priorité.

Ce qui ressortait des déclarations de Monsieur le ministre… et bien, ce n’était pas grand chose.

Comparé à ce que proposait le rapport Bruno Racine, presque rien avait été retenu. Ce qui est désolant, sachant que ce rapport fait un état des lieux complet de la situation économique et sociale précaire des artistes-auteurs.

A lire : Actualité littéraire : le rapport Bruno Racine

Réactions des artistes-auteurs :

Le plan d’action du Ministre de la Culture n’était pas à la hauteur des attentes – hors de question de s’en satisfaire et de rester les bras croisés. Hors de question de faire comme si le rapport Racine n’avait pas de poids. Ce serait comme retomber au point de départ.

Le 24 février la Ligue des auteurs professionnels a donné sa démission au Conseil Permanent des Écrivains (CPE) – vous pouvez lire le courrier envoyé par la Ligue ici – et le 25 février, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a également annoncé son départ dans ce communiqué.

Du mercredi 04 mars au vendredi 13 mars, les membres de la Ligue ont voté en ligne pour leur Conseil d’Administration. Et le samedi 14 mars s’est tenue, après le Hackaton dont je vous parle juste après, l’assemblée générale.

Celle-ci avait pour but de prévoir les « combats qui attendent les auteurs et autrices en 2020 » *. L’assemblée a eu lieu en comité réduit en raison de la pandémie et de l’interdiction de rassemblement de plus de 100 personnes. Mais cela n’a pas empêché les membres de « traiter de nombreux sujets avec l’enthousiasme habituel »**.

*A lire : Election et assemblée générale 2020 sur le site de la Ligue.

**A lire : Compte rendu de l’assemblée générale 2020 sur le site de la Ligue

Je vous invite à lire le compte-rendu donné en format PDF. Il fait dix pages et permet de voir, entre autre, le chemin accompli par la Ligue en un an. C’est très encourageant. Pour les personnes qui, comme moi, aspirent à être autrice, suivre le travail d’organisations comme la Ligue aide à se familiariser à l’aspect administratif et juridique du métier d’artiste-auteur (noms et rôles de différentes organisations, retraites et cotisations, etc.).

Le Hackaton

Le hackaton s’est déroulé au Labo de l’édition à Paris, du vendredi 13 mars 10h au samedi 14 mars 10h.

« Mais qu’est-ce qu’un hackaton ? », je vous entend demander.

Le principe est simple : pendant 24h les auteurs et autrices se sont rassemblés et, épaulés par des juristes et des avocats, se sont concentrés sur la création d’outils donnant aux auteurs et autrices les moyens de se défendre.

Se défendre contre quoi ? se défendre, entre autres, contre des contrats présentés comme une excellente affaire, mais qui sont en réalité malhonnêtes, et mettent l’auteur en situation de précarité.

Exemple avec cette illustration de la bédéiste Cy :

Je ne suis pas la mieux placée pour vous expliquer le fonctionnement de ces outils. Je vous redirige donc vers le site internet de la Charte où vous trouverez, dans l’onglet vert « Nos métiers », de plus amples explications et renseignements sur la fiscalité, le régime social, etc. .

A lire aussi : Des outils solides pour les auteurs : bilan du hackathon de la Ligue, article de Nicolas Gary dans le magazine ActuaLitté.

Le coronavirus

Fermeture des écoles, annulation d’ateliers, de salons, de festivals, et d’autres événements culturels, fermeture de tous lieux n’étant pas de première nécessité – dont les librairies. La crise sanitaire n’a pas épargné l’industrie du livre. Aujourd’hui, toute la chaîne lutte pour ne pas sombrer.

Sachant que nous sommes en pleine crise, et que de nombreuses mesures sont encore en train d’être discutées, je n’ai pas une vue d’ensemble comme avec les événements post rapport Racine et Hackaton.

Précarité accentuée pour les artistes-auteurs

Les artistes-auteurs ont une situation économique très précaire. Cette crise sanitaire l’a fait empirer. En effet, une grande partie de ces professionnels comptaient sur les manifestations culturelles pour toucher des revenus.

Afin de venir en aide aux artistes-auteurs, plusieurs organisations ont réagi :

La Charte a publié sur son site un communiqué à l’adresse du gouvernement, afin que les « structures culturelles […] ainsi que les établissements publics (écoles, bibliothèques, etc.), versent systématiquement aux artistes-auteurs le montant de la rémunération initialement prévue. ».

La Ligue a mis en ligne des courriers types afin d’aider les auteurs dans leurs démarches de demandes de maintient de rémunérations.

Le Syndicat National de l’Edition (SNE) a appelé ses adhérents à respecter les dates de reddition des comptes et de paiement de droits d’auteurs. La crise sanitaire a, en effet, causé des dysfonctionnements au sein des maisons d’édition, qui se traduisent par des retards de paiements, et des reports voir des annulations de publications d’ouvrages.

Enfin, la Société Française des Intérêts des Auteurs de l’écrit (SOFIA) a indiqué dans un communiqué du 18 mars : « Afin de ne pénaliser personne, la Sofia demande aux organisateurs, au regard de la situation exceptionnelle, de rémunérer dans les conditions initialement prévues les auteurs et autrices programmés, alors même que les événements sont annulés. ».

Demande d’un fonds d’aide d’urgence pour les artistes-auteurs

Les librairies : fermeture, ouverture, et concurrence déloyale.

Les librairies, comme tous les autres commerces non-essentiels, ont fermé leur porte en cette période de confinement. Puis, est venu la question : « est-ce que les livres font partie des produits essentiels ? ». C’est-à-dire, au même titre que la nourriture et les médicaments.

Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie, a tenu des propos suggérant qu’il réfléchirait à la possibilité d’autoriser la réouverture des librairies. Sous certaines conditions. Bien entendu.

… Sérieusement ?

Ré-ouvrir les librairies ? en pleine crise sanitaire ?

Alors que dans les librairies des centaines de mains prennent et reposent les livres exposés ? Alors que nous savons que le virus peut survivre pendant quelques temps sur une surface inerte ? Alors que n’importe qui peut être porteur sain du virus ?

C’est une folie.

J’aime les livres; mais les livres, en cette période de crise sanitaire, ne sont pas essentiels.

Certains diront « mais il faut bien qu’on s’occupe », « on s’ennuie en cette période de confinement » – ce à quoi je répondrais : « pouvez-vous arrêter d’être égoïste pendant deux secondes et penser à la sécurité des autres avant votre propre confort ? »

Sûr, se plonger dans un livre est une bonne distraction. Mais aux dernières nouvelles, mourir d’ennui n’est pas d’actualité; mourir du coronavirus l’est. Donc, pitié, faite preuve de patience. Vous n’avez pas besoin de ce dernier livre de tel auteur, vous en avez envie.

Plusieurs syndicats de libraires ont par ailleurs réagi aux propos du ministre, disant, en d’autres mots, qu’il n’était pas question de retourner sur les lieux de travail en pleine pandémie. Ce qui est, à mon humble avis, tout à fait raisonnable. Cette crise sanitaire fragilise l’économie, et l’industrie du livre, mais persister à aller travailler en période de confinement n’a pas de sens – et fait perdre toute utilité au confinement.

Reste la question de concurrence déloyale.

En effet, la fermeture des librairies « oblige »* les lecteurs à se replier sur des groupes de vente en ligne comme Amazon ou la Fnac. Or, pourquoi auraient-ils le droit de continuer leur activité et la vente de livres, alors que les libraires sont contraints à fermer ?

Je vous conseille de lire l’article : Du libraire confiné au lecteur con fini de Rodolphe Urbs. Histoire de mettre les choses en perspective.

*Je dis « oblige » parce que les lecteurs peuvent également commander en ligne sur le site de leur librairie et attendre l’amélioration de la situation pour récupérer leurs achats.

Sérieusement, commander en ligne des produits qui ne sont pas de première nécessité, comme les livres, met des personnes en danger – à savoir les personnes qui préparent et livrent ces commandes. Donc, patience. Ce confinement est temporaire.

Si vous souhaitez rester informé.e de l’évolution de la situation pour les libraires, je vous conseille la lecture des articles d’ActuaLitté – Coronavirus : l’industrie du livre face à l’épidémie.

Petit mot de fin :

Tant de choses se sont passées en si peu de semaines.

Je suis contente pour ce qui est du hackaton, et de l’assemblée générale de la Ligue qui s’est tenue après le hackaton : les outils mis en place et le soutient de juristes et d’avocats est très encourageant, aussi bien pour les artistes-auteurs que pour ceux qui souhaitent le devenir.

En ce qui concerne la situation actuelle pour l’industrie du livre… Je ne peux qu’espérer que chacun puisse tenir en cette période de crise; et j’espère que les activités pourront reprendre sans trop de mal après le coronavirus.


Que lisez-vous en cette période de confinement ?

Salutations ! Je suis Axelle, étudiante passionnée de langues anciennes et de civilisations disparues, blogueuse littéraire créatrice et rédactrice de l'Alcôve aux histoires, et écrivaine aspirant à être publiée (auteure est un métier artistique, mais un métier quand même).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.